Contexte : l’accès à l’IVG au Bénin et l’enjeu de l’objection de conscience

Le vendredi 19 décembre 2025 s’est tenu à Cotonou, dans la salle de conférence du CNGOB, un atelier de validation de l’étude diagnostique portant sur l’objection de conscience à l’IVG au Bénin en milieux urbains, semi-urbains et ruraux. Cette rencontre a réuni des parties prenantes, des partenaires techniques et financiers. Les échanges se sont appuyés sur un rapport préliminaire, un support de données sous Excel et une présentation PowerPoint.

Objectifs de l’atelier : valider le rapport de recherche sur l’IVG

L’objectif global de l’atelier était de valider de manière participative le rapport de recherche sur l’objection de conscience dans l’offre des services d’IVG au Bénin. De façon spécifique, il s’est agi de présenter les principaux résultats, analyses et recommandations du rapport provisoire, de recueillir les observations et contributions techniques des participants, d’analyser collectivement la cohérence et la faisabilité des recommandations à travers des travaux de groupe, puis de consolider et valider le rapport final à soumettre aux partenaires et décideurs.

Déroulement de l’atelier à Cotonou : agenda et organisation de la journée

Les activités ont démarré à 08h30 par l’accueil et l’installation des participants, suivis d’un mot d’ouverture et d’un rappel des objectifs de la journée. Une présentation synthétique du rapport provisoire a ensuite été faite, couvrant la méthodologie, les résultats et les recommandations, avant d’ouvrir une phase de débat permettant aux participants d’apporter des premières réactions. Après une pause-café, l’atelier s’est poursuivi avec des travaux en deux groupes, chacun chargé d’examiner une partie précise du document. Après une heure de travail, chaque groupe a restitué ses conclusions en plénière, suivies d’une discussion générale consacrée aux propositions d’amendements.

La journée s’est achevée par une photo de famille, les formalités administratives et la clôture de l’atelier.

Résultats de l’étude : principaux chiffres sur l’objection de conscience à l’IVG

Sur le plan du contenu technique, la présentation a rappelé le contexte : depuis 2021, le Bénin dispose d’un cadre juridique élargi autorisant l’IVG dans certaines conditions, mais l’accès effectif à ces services demeure limité. L’objection de conscience, lorsqu’elle est insuffisamment encadrée ou appliquée de manière abusive, constitue un obstacle majeur à l’application de la loi et au respect des droits des femmes et des filles à des soins sûrs et légaux en matière de santé sexuelle et reproductive. Les résultats quantitatifs ont indiqué que l’échantillon final des enquêtés s’élevait à 165 personnes, comprenant 124 prestataires objecteurs de conscience et 41 acceptants. La répartition globale par département montre 47 enquêtés dans le Borgou, 85 dans l’Ouémé et 33 dans le Zou. Selon le type de structure, l’enquête a enregistré 6 objecteurs dans le confessionnel (sans acceptant), 69 objecteurs et 25 acceptants dans le privé, et 49 objecteurs et 16 acceptants dans le public.

Référencement des patientes : continuité des soins et respect de la loi

Les échanges ont particulièrement mis en lumière la question du référencement (orientation) des patientes. Les données présentées ont montré que moins de 40 % des prestataires objecteurs orientent systématiquement les patientes, tandis que plus de 60 % ne pratiquent aucun référencement formel ou le réalisent de manière informelle. De plus, près d’un objecteur sur deux ne connaît pas les structures vers lesquelles orienter. Le message clé discuté souligne qu’en pratique, l’objection de conscience se traduit majoritairement par un refus de prise en charge sans garantie de continuité des soins, ce qui va à l’encontre des exigences légales et pose un risque important pour la santé des femmes.

Analyse qualitative : stigmatisation, méconnaissance de la loi et avortements à risque

L’analyse qualitative a renforcé ces constats en identifiant plusieurs thèmes récurrents : l’objection institutionnelle observée surtout dans les structures confessionnelles, la méconnaissance de la loi chez certains prestataires publics et privés entraînant peurs de sanctions et interprétations erronées, l’absence de référencement ou des renvois informels, la stigmatisation des femmes par des jugements moraux et une culpabilisation, ainsi que le recours à des avortements à risque avec des complications post-refus. Un verbatim partagé durant la présentation (« Après le refus, je suis allée ailleurs… c’était cher et dangereux… j’ai eu des complications », femme de 31 ans) a illustré de manière concrète l’impact du refus sur les trajectoires de soins et a alimenté les discussions autour de la nécessité de renforcer les mécanismes de continuité des soins.

Synthèse des travaux de groupe : amendements et validation du rapport

Au terme de l’atelier, les participants ont procédé à un examen approfondi du rapport provisoire, formulé des amendements par section, harmonisé les contributions en plénière et validé les grandes orientations des recommandations ainsi que les prochaines étapes. Les conclusions de la journée confirment l’importance de consolider la version finale du rapport en renforçant les aspects opérationnels relatifs au référencement, à la sensibilisation des prestataires sur le cadre légal et aux mécanismes de suivi visant à réduire l’écart entre la loi et la pratique.

Prochaines étapes : finalisation du rapport et partage aux partenaires

Les prochaines étapes consistent à compiler l’ensemble des amendements issus des groupes, intégrer les corrections retenues dans le document, produire la version finale du rapport et la partager aux partenaires et décideurs, en vue d’une mise en œuvre efficace des recommandations et d’une amélioration durable de l’accès aux services d’IVG conformément au cadre légal en vigueur.

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