Le 26 septembre 2025, la ville historique de Ouidah a accueilli le lancement officiel de la 6ᵉ édition nationale de la Journée Internationale de l’Avortement Sécurisé (JIAS), sous le thème : « L’avortement sécurisé est un soin qui sauve des vies ». Organisé par le Collège National des Gynécologues Obstétriciens du Bénin (CNGOB) et la Coalition des Organisations de Jeunes pour l’Avortement Sécurisé (COJAS-Bénin), avec l’appui technique de WGNRR, l’événement a marqué une étape clé dans la promotion de la santé et des droits des femmes.
Un contexte préoccupant

Comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, le Bénin fait face à de graves défis en matière de santé maternelle :
- un taux de mortalité maternelle (TMM) élevé,
- une prévalence contraceptive moderne limitée à 16,2 %,
- un recours massif aux avortements clandestins, responsables de près de 15 % des décès maternels, la troisième cause après les hémorragies et l’éclampsie.
- Une étude de 2023 du Women’s Global Network for Reproductive Rights (WGNRR) a révélé que les adolescents et jeunes – en particulier les filles – disposent d’un accès restreint aux services de santé sexuelle et reproductive. Ces chiffres illustrent une réalité préoccupante : malgré les avancées législatives, les femmes et les jeunes du Bénin peinent encore à accéder à des soins sécurisés et respectueux.
La loi de 2021 : une avancée majeure, mais inachevée

Avec la loi n°2021-12 du 20 décembre 2021, le Bénin a élargi les conditions légales d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
En plus des conditions d’accès a l’IVG de la loi 2003-04 l’alinéa 17-2 élargit les conditions.
- A la demande de la femme enceinte, lorsque la grossesse est susceptible d’occasionner ou d’aggraver une situation de détresse maternelle éducation elle professionnelle ou morale incompatible a l’intérêt de la femme enceinte ou de l’enfant à naître
- L’alinéa 17-3 Précise que même dans les conditions de détresse ci dessus la grossesse doit être inférieure ou égale à 12 semaines d’aménorrhée
Un décret d’application adopté en 2023 est venu préciser les procédures et offrir une protection juridique aux prestataires respectant la loi.
Cependant, le passage de la loi à la pratique demeure semé d’obstacles : - méconnaissance des dispositions légales par les femmes comme par certains professionnels,
- stigmatisation sociale et résistances culturelles,
- disponibilité limitée des médicaments (misoprostol, mifépristone), coût élevé et manque de formation adaptée,
- contraintes institutionnelles et résistances politiques locales,
- recours fréquent à l’objection de conscience parmi les prestataires de santé.
Le programme du 26 septembre à Ouidah

La journée d’ouverture a été marquée par une série d’activités mêlant information, sensibilisation et plaidoyer.
Cérémonie d’ouverture
La cérémonie a été ouverte par une allocution forte, rappelant l’urgence de traduire la loi de 2021 en un accès concret et sécurisé pour toutes les femmes. Les interventions ont souligné le lien entre avortement sécurisé, réduction de la mortalité maternelle, respect des droits humains et rôle des médecins dans l’accès à ce soin essentiel.
Présentations et conférences-débats
Une présentation riche en contenu a été assurée par le Dr Raphaël Totongnon, coordonnateur du CNGOB et de l’Initiative Kaléidoscope Bénin. Elle s’est appuyée sur des études de cas réels liés au contexte béninois et a permis de clarifier les dispositions légales, les procédures en vigueur ainsi que les responsabilités des différents acteurs (médecins, ONG, décideurs, élus locaux).
Les échanges ont mis en évidence les défis persistants liés à la méconnaissance des textes, aux résistances institutionnelles et aux normes socioculturelles. Les discussions ont également porté sur la lutte contre la stigmatisation, le rôle des pairs dans la sensibilisation et l’importance de l’éducation complète à la santé sexuelle et reproductive. Les participants ont partagé leurs expériences et formulé des propositions concrètes pour renforcer l’information et l’accès aux services à tous les niveaux.
Sessions de plaidoyer
Les recommandations ont insisté sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de la loi, de garantir la disponibilité des services et d’assurer la présence effective de médecins face aux besoins des femmes.
L’Initiative Kaléidoscope : une feuille de route pour 2025-2029

La JIAS 2025 a également été l’occasion de présenter l’Initiative Kaléidoscope, un projet quinquennal (2025-2029) porté par le CNGOB et la COJAS-Bénin, avec l’appui de partenaires techniques et financiers. Sa stratégie repose sur quatre axes majeurs :
- Informer et sensibiliser les femmes, les jeunes et les communautés.
- Former et protéger les prestataires de santé.
- Améliorer la disponibilité des services et des médicaments essentiels.
- Combattre la stigmatisation sociale et institutionnelle.
Sauver des vies, un impératif

L’avortement sécurisé n’est pas une faveur, mais un droit et un soin de santé essentiel. Le rendre effectif, c’est contribuer à réduire la mortalité maternelle, protéger la santé des femmes et promouvoir l’égalité.
La journée d’ouverture de la JIAS 2025 à Ouidah a lancé un message fort : il est temps de transformer la loi en pratique, le droit en accès réel et l’engagement politique en vies sauvées.